{"id":214,"date":"2025-10-01T18:01:00","date_gmt":"2025-10-01T17:01:00","guid":{"rendered":"https:\/\/autodefense.anarchomachie.org\/?p=214"},"modified":"2025-07-01T18:05:29","modified_gmt":"2025-07-01T17:05:29","slug":"la-lutte-economique-et-la-lutte-politique-programme-anarchiste-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/autodefense.anarchomachie.org\/index.php\/la-lutte-economique-et-la-lutte-politique-programme-anarchiste-2\/","title":{"rendered":"La lutte \u00e9conomique et La lutte politique (programme anarchiste 2)"},"content":{"rendered":"\n<p>extrait du programme anarchiste de l&rsquo;Union Anarchiste Italienne (1920 par Errico Malatesta)<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\" id=\"toc4\">3. La lutte \u00e9conomique<\/h4>\n\n\n\n<p>L&rsquo;oppression qui aujourd&rsquo;hui p\u00e8se le plus directement sur les travailleurs, et qui est la cause principale de toutes les suj\u00e9tions morales et mat\u00e9rielles qu&rsquo;ils subissent, c&rsquo;est l&rsquo;oppression \u00e9conomique. Autrement dit, c&rsquo;est l&rsquo;exploitation que les patrons et les commer\u00e7ants exercent sur le travail, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;accaparement de tous les grands moyens de productions et d&rsquo;\u00e9change.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour supprimer radicalement et sans retour possible cette exploitation, il faut que le peuple, dans son ensemble, soit convaincu qu&rsquo;il poss\u00e8de l&rsquo;usage des moyens de production, et qu&rsquo;il applique ce droit primordial en expropriant ceux qui monopolisent le sol et la richesse sociale, pour la mettre \u00e0 la disposition de tous.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, est-il possible de passer directement, sans degr\u00e9s interm\u00e9diaires, de l&rsquo;enfer o\u00f9 vit aujourd&rsquo;hui le prol\u00e9tariat au paradis de la propri\u00e9t\u00e9 commune?? La preuve que le peuple n&rsquo;en est pas encore capable, est qu&rsquo;il ne le fait pas. Que faire pour arriver \u00e0 l&rsquo;expropriation??<\/p>\n\n\n\n<p>Notre but est de pr\u00e9parer le peuple, moralement et mat\u00e9riellement, \u00e0 cette expropriation n\u00e9cessaire?; d&rsquo;en tenter et d&rsquo;en renouveler la tentative, autant de fois qu&rsquo;une secousse r\u00e9volutionnaire nous en donne l&rsquo;occasion, jusqu&rsquo;au triomphe d\u00e9finitif. Mais de quelle mani\u00e8re pouvons-nous pr\u00e9parer le peuple?? De quelle mani\u00e8re pouvons-nous r\u00e9aliser les conditions qui rendront possible, non seulement le fait mat\u00e9riel de l&rsquo;expropriation, mais l&rsquo;utilisation \u00e0 l&rsquo;avantage de tous de la richesse commune??<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons dit plus haut que la seule propagande, orale ou \u00e9crite, est impuissante \u00e0 conqu\u00e9rir \u00e0 nos id\u00e9es toute la grande masse populaire. Il faut une \u00e9ducation pratique, qui soit tour \u00e0 tour la cause et le r\u00e9sultat de la transformation graduelle du milieu. Il faut faire se d\u00e9velopper peu \u00e0 peu chez les travailleurs le sens de la r\u00e9bellion contre les suj\u00e9tions et les souffrances inutiles, dont ils sont victimes et le d\u00e9sir d&rsquo;am\u00e9liorer leurs conditions. Unis et solidaires, ils luttent pour obtenir ce qu&rsquo;ils d\u00e9sirent.<\/p>\n\n\n\n<p>Et nous comme anarchistes et comme travailleurs, nous devons les inciter et les encourager \u00e0 la lutte, et lutter avec eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ces am\u00e9liorations sont-elles possibles en syst\u00e8me capitaliste?? Sont-elles utiles du point de vue de la future \u00e9mancipation int\u00e9grale par la r\u00e9volution??<\/p>\n\n\n\n<p>Quels que soient les r\u00e9sultats pratiques de la lutte pour les am\u00e9liorations imm\u00e9diates, leur utilit\u00e9 principale est dans la lutte elle-m\u00eame. C&rsquo;est par elle que les travailleurs apprennent \u00e0 d\u00e9fendre leurs int\u00e9r\u00eats de classe, comprennent que les patrons et les gouvernants ont des int\u00e9r\u00eats oppos\u00e9s aux leurs, et qu&rsquo;ils ne peuvent am\u00e9liorer leurs conditions, encore moins s&rsquo;\u00e9manciper, autrement qu&rsquo;en s&rsquo;unissant entre eux et en devenant plus forts que les patrons. S&rsquo;ils r\u00e9ussissent \u00e0 obtenir ce qu&rsquo;ils veulent, ils vivront mieux. Ils gagneront davantage, ils travailleront moins, ils auront plus de temps et de force pour r\u00e9fl\u00e9chir aux choses qui les int\u00e9ressent?; et ils sentiront soudain des d\u00e9sirs et des besoins plus grands. S&rsquo;ils ne r\u00e9ussissent pas, ils seront conduits \u00e0 \u00e9tudier les causes de leur \u00e9chec et \u00e0 reconna\u00eetre la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une plus grande union, d&rsquo;une plus grande \u00e9nergie?; et ils comprendront enfin que pour vaincre s\u00fbrement et d\u00e9finitivement, il faut d\u00e9truire le capitalisme. La cause de la r\u00e9volution, la cause de l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation morale des travailleurs et de leur \u00e9mancipation ne peuvent que gagner du fait que les ouvriers s&rsquo;unissent et luttent pour leurs int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais encore une fois, est-il possible que les travailleurs r\u00e9ussissent dans l&rsquo;\u00e9tat actuel des choses, \u00e0 am\u00e9liorer r\u00e9ellement leurs conditions??<\/p>\n\n\n\n<p>Cela d\u00e9pend du concours d&rsquo;une infinit\u00e9 de circonstances. Quoi qu&rsquo;en disent quelques-uns, il n&rsquo;existe aucune loi naturelle (loi des salaires) qui d\u00e9termine la part qui va au travailleur sur le produit de son travail. Ou, si l&rsquo;on veut formuler une loi, elle ne pourrait \u00eatre que la suivante&nbsp;: le salaire ne peut descendre normalement au-dessous de ce qui est n\u00e9cessaire \u00e0 la conservation de la vie, et ne peut normalement s&rsquo;\u00e9lever au point de ne plus laisser aucun profit au patron. Il est clair que, dans le premier cas, les ouvriers mourraient, et ainsi ne recevraient plus de salaire?; et que, dans le second cas, les patrons cesseraient de faire travailler et par cons\u00e9quent ne paieraient plus rien. Mais entre ces deux extr\u00eames impossibles, il y a une infinit\u00e9 de degr\u00e9s, qui vont des conditions presque animales de beaucoup de travailleurs agricoles, jusqu&rsquo;\u00e0 celle presque d\u00e9centes des ouvriers, dans de bons m\u00e9tiers, dans les grandes villes.<\/p>\n\n\n\n<p>Le salaire, la longueur de la journ\u00e9e et toutes les autres conditions de travail sont le r\u00e9sultat des luttes entre patrons et ouvriers. Les premiers cherchent \u00e0 donner aux travailleurs le moins possible et \u00e0 les faire travailler jusqu&rsquo;\u00e0 \u00e9puisement complet?; les autres s&rsquo;efforcent &#8211; ou devraient s&rsquo;efforcer &#8211; de travailler le moins possible et \u00e0 gagner le plus possible. L\u00e0 o\u00f9 les travailleurs se contentent de tout et, m\u00eame m\u00e9contents, ne savent pas opposer de r\u00e9sistance valable aux patrons, ils sont bient\u00f4t r\u00e9duit \u00e0 des conditions de vie presque animale. L\u00e0, au contraire, o\u00f9 ils ont une haute id\u00e9e de ce que devraient \u00eatre les conditions d&rsquo;existence des \u00eatres humains?; l\u00e0 o\u00f9 ils savent s&rsquo;unir et, par le refus du travail et la menace latente ou explicite de la r\u00e9volte, imposer que les patrons les respectent, l\u00e0 ils sont trait\u00e9s d&rsquo;une mani\u00e8re relativement supportable. Ainsi, on peut dire que, dans une certaine mesure, le salaire est ce que l&rsquo;ouvrier exige, non en tant qu&rsquo;individus, mais en tant que classe.<\/p>\n\n\n\n<p>En luttant, donc, en r\u00e9sistant aux patrons, les salari\u00e9s peuvent s&rsquo;opposer, jusqu&rsquo;\u00e0 un certain point, \u00e0 l&rsquo;aggravation de leur situation?; et m\u00eame, obtenir des am\u00e9liorations r\u00e9elles. L&rsquo;histoire du mouvement ouvrier a d\u00e9j\u00e0 d\u00e9montr\u00e9 cette v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne faut cependant pas exag\u00e9rer la port\u00e9e de ces luttes entre exploit\u00e9s et exploiteurs sur le terrain exclusivement \u00e9conomique. Les classes dirigeantes peuvent c\u00e9der, et c\u00e8dent souvent, aux exigences ouvri\u00e8res \u00e9nergiquement exprim\u00e9es, tant qu&rsquo;elles ne sont pas trop grandes. Mais quand les salari\u00e9s commencent &#8211; et il est urgent qu&rsquo;ils le fassent &#8211; \u00e0 r\u00e9clamer des augmentations telles qu&rsquo;elles absorberaient tout le profit patronal et constitueraient ainsi une expropriation indirecte, il est certain que les patrons feraient appel au gouvernement et chercheraient \u00e0 ramener par la violence les ouvriers aux conditions de tous les esclaves salari\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Et avant, bien avant que les ouvriers puissent pr\u00e9tendre \u00e0 recevoir en compensation de leur travail, l&rsquo;\u00e9quivalent de tout ce qu&rsquo;ils ont produit, la lutte \u00e9conomique devient impuissante \u00e0 assurer un sort meilleur.<\/p>\n\n\n\n<p>Les ouvriers produisent tout et sans leur travail, on ne peut vivre. Il semble donc qu&rsquo;en refusant de travailler, les travailleurs pourraient imposer toutes leurs volont\u00e9s. Mais l&rsquo;union de tous les travailleurs, m\u00eame d&rsquo;un seul m\u00e9tier, m\u00eame d&rsquo;un seul pays, est difficilement r\u00e9alisable&nbsp;: \u00e0 l&rsquo;union des ouvriers s&rsquo;oppose l&rsquo;union des patrons. Les premiers vivent au jour le jour, et, s&rsquo;ils font gr\u00e8ve, ils manquent bient\u00f4t de pain. Les autres disposent par l&rsquo;argent de tout ce qui a \u00e9t\u00e9 produit?; ils peuvent attendre que la faim r\u00e9duise les salari\u00e9s \u00e0 leur merci. L&rsquo;invention ou l&rsquo;introduction de nouvelles machines rend inutile le travail d&rsquo;un grand nombre de travailleurs, accroissant l&rsquo;arm\u00e9e des ch\u00f4meurs, que la faim oblige \u00e0 se vendre \u00e0 n&rsquo;importe quel prix. L&rsquo;immigration apporte soudain, dans les pays o\u00f9 les conditions sont plus favorables, des foules de travailleurs affam\u00e9s qui, bon gr\u00e9 mal gr\u00e9, donnent au patronat le moyen de baisser les salaires. Et tous ces faits, d\u00e9rivant n\u00e9cessairement du syst\u00e8me capitaliste, r\u00e9ussissent \u00e0 contrebalancer le progr\u00e8s de la conscience et de la solidarit\u00e9 ouvri\u00e8re. Souvent m\u00eame, ils ont un effet plus rapide que ce progr\u00e8s qu&rsquo;ils arr\u00eatent et d\u00e9truisent. Ainsi il reste toujours ce fait primordial que la production dans le syst\u00e8me capitaliste est organis\u00e9e par chaque employeur pour son profit personnel, et non pour satisfaire les besoins des travailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9sordre, le gaspillage des forces humaines, la p\u00e9nurie organis\u00e9e, les travaux nocifs et malsains, le ch\u00f4mage, l&rsquo;abandon des terres, la sous utilisation des machines, etc., sont autant de maux qu&rsquo;on ne peut \u00e9viter qu&rsquo;en enlevant aux capitalistes les moyens de production, et par cons\u00e9quent la direction de la production.<\/p>\n\n\n\n<p>Les ouvriers qui s&rsquo;efforcent de s&rsquo;\u00e9manciper ou ceux qui ne cherchent qu&rsquo;\u00e0 am\u00e9liorer vraiment leurs conditions, doivent rapidement se d\u00e9fendre contre le gouvernement, l&rsquo;attaquer, car il l\u00e9gitime et soutient par la force brutale le droit de propri\u00e9t\u00e9, il est un barrage au progr\u00e8s, barrage qu&rsquo;il faut faire sauter, si on ne veut pas rester ind\u00e9finiment dans les conditions pr\u00e9sentes ou d&rsquo;autres, pires.<\/p>\n\n\n\n<p>De la lutte \u00e9conomique, il faut passer \u00e0 la lutte politique, c&rsquo;est-\u00e0-dire contre le gouvernement. Au lieu d&rsquo;opposer aux millions des capitalistes, les quelques centimes r\u00e9unis p\u00e9niblement par les ouvriers, il faut opposer aux fusils et aux canons qui d\u00e9fendent la propri\u00e9t\u00e9, les moyens les meilleurs que le peuple trouvera pour vaincre la force par la force.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\" id=\"toc5\">4. La lutte politique<\/h4>\n\n\n\n<p>Par la lutte politique, nous entendons la lutte contre le gouvernement. Le gouvernement est l&rsquo;ensemble des individus qui d\u00e9tiennent le pouvoir de faire la loi et de l&rsquo;imposer aux gouvern\u00e9s, c&rsquo;est-\u00e0-dire au public.<\/p>\n\n\n\n<p>Le gouvernement est la cons\u00e9quence de l&rsquo;esprit de domination et de violence, que des hommes ont impos\u00e9 \u00e0 d&rsquo;autres, et en m\u00eame temps, il est la cr\u00e9ature et le cr\u00e9ateur des privil\u00e8ges et aussi leur d\u00e9fenseur naturel.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est faux de dire que le gouvernement remplit aujourd&rsquo;hui le r\u00f4le de protecteur du capitalisme, et qu&rsquo;une fois ce dernier aboli, il deviendrait le repr\u00e9sentant et le g\u00e9rant des int\u00e9r\u00eats de tous. D&rsquo;abord, le capitalisme ne sera pas d\u00e9truit tant que les travailleurs, s&rsquo;\u00e9tant d\u00e9barrass\u00e9 du gouvernement, n&rsquo;auront pas pris possession de toute la richesse sociale et organis\u00e9 eux-m\u00eames la production et la consommation, dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de tous, sans attendre que l&rsquo;initiative vienne du gouvernement, qui au demeurant en est incapable.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l&rsquo;exploitation capitaliste \u00e9tait d\u00e9truite, et le principe gouvernemental conserv\u00e9, alors, le gouvernement en distribuant toutes sortes de privil\u00e8ges ne manquerait pas de r\u00e9tablir un nouveau capitalisme. Ne pouvant contenter tout le monde, le gouvernement aurait besoin d&rsquo;une classe \u00e9conomiquement puissante pour le soutenir, en \u00e9change de la protection l\u00e9gale et mat\u00e9rielle qu&rsquo;elle recevrait de lui.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne peut pas abolir les privil\u00e8ges et \u00e9tablir d\u00e9finitivement la libert\u00e9 et l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 sociale, sans mettre fin au Gouvernement, et non \u00e0 tel ou tel gouvernement, mais \u00e0 l&rsquo;institution gouvernementale elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>En cela comme pour tout ce qui concerne l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, et plus encore ce dernier, il faut le consentement de tous. C&rsquo;est pourquoi nous devons nous efforcer de persuader les gens que le gouvernement est inutile et nuisible, et qu&rsquo;on vit mieux en s&rsquo;en passant. Mais comme nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 dit, la seule propagande est impuissante \u00e0 atteindre tout cela?; et si nous nous contentions de pr\u00eacher contre le gouvernement, en attendant, les bras crois\u00e9s, le jour o\u00f9 les gens seraient convaincus de la possibilit\u00e9 et de l&rsquo;utilit\u00e9 d&rsquo;abolir compl\u00e8tement toute esp\u00e8ce de gouvernement, ce jour n&rsquo;arriverait jamais.<\/p>\n\n\n\n<p>En d\u00e9non\u00e7ant toujours toute esp\u00e8ce de gouvernement, en r\u00e9clamant toujours la libert\u00e9 int\u00e9grale, nous devons favoriser tout combat pour des libert\u00e9s partielle, convaincus que c&rsquo;est par la lutte qu&rsquo;on apprend \u00e0 lutter. En commen\u00e7ant \u00e0 go\u00fbter \u00e0 la libert\u00e9, on finit par la vouloir enti\u00e8rement. Nous devons toujours \u00eatre avec le peuple?; et lorsque nous ne r\u00e9ussissons pas \u00e0 lui faire vouloir beaucoup, chercher \u00e0 ce que, du moins, il commence \u00e0 exiger quelque chose. Et nous devons nous efforcer \u00e0 ce qu&rsquo;il apprenne \u00e0 obtenir par lui-m\u00eame ce qu&rsquo;il veut &#8211; peu ou beaucoup -, et \u00e0 ha\u00efr et \u00e0 m\u00e9priser quiconque est ou veut aller au gouvernement.<\/p>\n\n\n\n<p>Puisque le gouvernement d\u00e9tient aujourd&rsquo;hui le pouvoir de r\u00e9gler par des lois la vie sociale, d&rsquo;\u00e9largir ou de restreindre la libert\u00e9 des citoyens?; et puisque nous ne pouvons pas encore lui arracher ce pouvoir, nous devons chercher \u00e0 l&rsquo;affaiblir et l&rsquo;obliger \u00e0 en faire l&rsquo;usage le moins dangereux possible. Mais cette action, nous devons la mener toujours hors et contre le gouvernement, par l&rsquo;agitation dans la rue, en mena\u00e7ant de prendre de force ce qu&rsquo;on r\u00e9clame. Jamais nous ne devrons accepter une fonction l\u00e9gislative, qu&rsquo;elle soit nationale ou locale, car ce faisant, nous diminuerions l&rsquo;efficacit\u00e9 de notre action et trahirions l&rsquo;avenir de notre cause.<\/p>\n\n\n\n<p>La lutte contre le gouvernement consiste, en derni\u00e8re analyse, \u00e0 la lutte physique et mat\u00e9rielle.<\/p>\n\n\n\n<p>Le gouvernement fait la loi. Il doit donc disposer d&rsquo;une force mat\u00e9rielle (arm\u00e9e et police) pour imposer la loi. Autrement, ob\u00e9irait qui voudrait et il n&rsquo;y aurait plus de loi, mais une simple proposition, que chacun serait libre d&rsquo;accepter ou de refuser. Les gouvernements ont cette force et s&rsquo;en servent pour renforcer leur domination, dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat des classes privil\u00e9gi\u00e9es, en opprimant et en exploitant les travailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p>La seule limite \u00e0 l&rsquo;oppression gouvernementale est la force que le peuple se montre capable de lui opposer. Il peut y avoir conflit, ouvert ou latent, mais il y a toujours conflit. Car le gouvernement ne s&rsquo;arr\u00eate devant le m\u00e9contentement et la r\u00e9sistance populaire que lorsqu&rsquo;il sent le danger d&rsquo;une insurrection.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand le peuple se soumet docilement \u00e0 la loi, ou que la protestation reste faible et platonique, le gouvernement prend ses aises, sans s&rsquo;occuper des besoins du peuple. Quand la protestation est vive, insiste et menace, le gouvernement, selon son humeur, c\u00e8de ou r\u00e9prime. Mais il faut toujours en arriver \u00e0 l&rsquo;insurrection, parce que si le gouvernement ne c\u00e8de pas, le peuple finit par se rebeller?; et, s&rsquo;il c\u00e8de, le peuple prend confiance en lui-m\u00eame et exige toujours plus, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que l&rsquo;incompatibilit\u00e9 entre la libert\u00e9 et l&rsquo;autorit\u00e9 soit \u00e9vidente et d\u00e9clenche le conflit.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est donc n\u00e9cessaire de se pr\u00e9parer moralement et mat\u00e9riellement pour que quand la lutte violente \u00e9clatera, la victoire reste au peuple.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;insurrection victorieuse est le fait le plus efficace pour l&rsquo;\u00e9mancipation populaire, parce que le peuple, apr\u00e8s avoir rompu le joug, devient libre de se donner les institutions qu&rsquo;il croit les meilleures. La distance, qu&rsquo;il y a entre la loi (toujours retardataire) et le niveau de civisme auquel est parvenue la masse de la population, peut-\u00eatre franchie d&rsquo;un saut. L&rsquo;insurrection d\u00e9termine la r\u00e9volution, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;activit\u00e9 rapide des forces latentes accumul\u00e9es durant l&rsquo;\u00e9volution pr\u00e9c\u00e9dente.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout d\u00e9pend de ce que le peuple est capable de vouloir.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les insurrections pass\u00e9es, le peuple, inconscient des v\u00e9ritables causes de ses maux, a toujours voulu bien peu et a obtenu bien peu.<\/p>\n\n\n\n<p>Que voudra-t-il dans les prochaines insurrections??<\/p>\n\n\n\n<p>Cela d\u00e9pend en grande partie de la valeur de notre propagande et de l&rsquo;\u00e9nergie que nous saurons d\u00e9ployer.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous devrons inciter le peuple \u00e0 exproprier les poss\u00e9dants et \u00e0 mettre en commun leurs biens, \u00e0 organiser la vie sociale lui-m\u00eame, par des associations librement constitu\u00e9es, sans attendre l&rsquo;ordre de personne, \u00e0 refuser de nommer ou de reconna\u00eetre un gouvernement quelconque et tout corps constitu\u00e9 (Assembl\u00e9e, Dictature, etc.) qui s&rsquo;attribuerait, m\u00eame \u00e0 titre provisoire, le droit de faire la loi et d&rsquo;imposer aux autres leur volont\u00e9 par la force.<\/p>\n\n\n\n<p>Si la masse du peuple ne r\u00e9pond pas \u00e0 notre appel, nous devrons, au nom du droit que nous avons d&rsquo;\u00eatre libres m\u00eame si les autres veulent demeurer esclaves, et pour montrer l&rsquo;exemple, appliquer le plus possible nos id\u00e9es&nbsp;: ne pas reconna\u00eetre le nouveau gouvernement, maintenir vive la r\u00e9sistance, faire que les communes, o\u00f9 nos id\u00e9es sont re\u00e7ues avec sympathie, repoussent toute ing\u00e9rence gouvernementale et continuent \u00e0 vivre \u00e0 leur mani\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous devrons surtout nous opposer par tous les moyens \u00e0 la reconstitution de la police et de l&rsquo;arm\u00e9e, et profiter de toute occasion propice pour inciter les travailleurs \u00e0 utiliser le manque de forces r\u00e9pressives pour imposer le maximum de revendications.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelle que soit l&rsquo;issue de la lutte, il faut continuer \u00e0 combattre sans r\u00e9pit, les possesseurs, les gouvernants, en ayant toujours en vue l&rsquo;\u00e9mancipation compl\u00e8te \u00e9conomique et morale de toute l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\" id=\"toc6\">Conclusion<\/h4>\n\n\n\n<p>Nous voulons donc abolir radicalement la domination et l&rsquo;exploitation de l&rsquo;homme par l&rsquo;homme. Nous voulons que les hommes, unis fraternellement par une solidarit\u00e9 consciente, coop\u00e8rent volontairement au bien-\u00eatre de tous. Nous voulons que la soci\u00e9t\u00e9 soit constitu\u00e9e dans le but de fournir \u00e0 tous les moyens d&rsquo;atteindre le m\u00eame bien-\u00eatre possible, le plus grand d\u00e9veloppement possible, moral et mat\u00e9riel. Nous voulons pour tous le pain, la libert\u00e9, l&rsquo;amour et la science.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ce faire, nous estimons n\u00e9cessaire que les moyens de production soient \u00e0 la disposition de tous et qu&rsquo;aucun homme, ou groupe d&rsquo;hommes, ne puisse obliger les autres \u00e0 ob\u00e9ir \u00e0 sa volont\u00e9?; ni \u00e0 exercer son influence autrement que par le raisonnement et l&rsquo;exemple.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc&nbsp;: expropriation des d\u00e9tenteurs du sol et du capital \u00e0 l&rsquo;avantage de tous et abolition du gouvernement.<\/p>\n\n\n\n<p>En attendant&nbsp;: propagande de l&rsquo;id\u00e9al?; organisation des forces populaires?; combat continuel, pacifique ou violent, selon les circonstances, contre le gouvernement et contre les propri\u00e9taires pour conqu\u00e9rir le plus possible de libert\u00e9 et de bien-\u00eatre pour tous.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>extrait du programme anarchiste de l&rsquo;Union Anarchiste Italienne (1920 par Errico Malatesta) 3. 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