{"id":227,"date":"2026-01-01T18:35:00","date_gmt":"2026-01-01T17:35:00","guid":{"rendered":"https:\/\/autodefense.anarchomachie.org\/?p=227"},"modified":"2025-07-01T18:42:56","modified_gmt":"2025-07-01T17:42:56","slug":"lexpropriation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/autodefense.anarchomachie.org\/index.php\/lexpropriation\/","title":{"rendered":"L\u2019EXPROPRIATION"},"content":{"rendered":"\n<p>de Kropotkine extrait de \u00ab\u00a0la Conqu\u00eate du Pain\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\" id=\"toc14\">I<\/h4>\n\n\n\n<p>On raconte qu\u2019en 1848, Rothschild, se voyant menac\u00e9 dans sa fortune par la R\u00e9volution, inventa la farce suivante&nbsp;: \u2014 \u00ab&nbsp;je veux bien admettre, disait-il, que ma fortune soit acquise aux d\u00e9pens des autres. Mais, partag\u00e9e entre tant de millions d\u2019Europ\u00e9ens, elle ne ferait qu\u2019un seul \u00e9cu par personne. Eh bien?! je m\u2019engage \u00e0 restituer \u00e0 chacun son \u00e9cu, s\u2019il me le demande.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Cela dit et d\u00fbment publi\u00e9, notre millionnaire se promenait tranquillement dans les rues de Francfort. Trois ou quatre passants lui demand\u00e8rent leur \u00e9cu, il les d\u00e9boursa avec un sourire sardonique, et le tour fut jou\u00e9. La famille du millionnaire est encore en possession de ses tr\u00e9sors.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 peu pr\u00e8s de la m\u00eame fa\u00e7on que raisonnent les fortes t\u00eates de la bourgeoisie, lorsqu\u2019elles nous disent&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ah, l\u2019expropriation?? J\u2019y suis?; vous prenez \u00e0 tous leurs paletots, vous les mettez dans le tas, et chacun va en prendre un, quitte \u00e0 se battre pour le meilleur?!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une plaisanterie de mauvais go\u00fbt. Ce qu\u2019il nous faut, ce n\u2019est pas de mettre les paletots dans le tas pour les distribu\u00e9 ensuite, et encore ceux qui grelottent v trouveraient-ils quelque avantage. Ce n\u2019est pas non plus de partager les \u00e9cus de Rothschild. C\u2019est de nous organiser en sorte que chaque \u00eatre humain venant au monde soit assur\u00e9, d\u2019abord, d\u2019apprendre un travail productif et d\u2019en acqu\u00e9rir l\u2019habitude?; et ensuite de pouvoir faire ce travail sans en demander la permission au propri\u00e9taire et au patron et sans payer aux accapareurs de la terre et des machines la part du lion sur tout ce qu\u2019il produira.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant aux richesses de toute nature d\u00e9tenues par les Rothschild on les Vanderbilt, elles nous serviront \u00e0 mieux organiser notre production en commun.<\/p>\n\n\n\n<p>Le jour o\u00f9 le travailleur des champs pourra labourer la terre sans payer la moiti\u00e9 de ce qu\u2019il produit le jour o\u00f9 les machines n\u00e9cessaires pour pr\u00e9parer le sol aux grandes r\u00e9coltes seront, en profusion, \u00e0 la libre disposition des cultivateurs?; le jour o\u00f9 l\u2019ouvrier de l\u2019usine produira pour la communaut\u00e9 et non pour le monopole, les travailleurs n\u2019iront plus en guenilles?; et il n\u2019y aura plus de Rothschild ni d\u2019autres exploiteurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Personne n\u2019aura plus besoin de vendre sa force de travail pour un salaire ne repr\u00e9sentant qu\u2019une partie de ce qu\u2019il a produit.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 \u00ab&nbsp;Soit, nous dit-on. Mais il vous viendra des Rothschild dit dehors. Pourrez-vous emp\u00eacher qu\u2019un individu ayant amass\u00e9 des millions cri Chine vienne s\u2019\u00e9tablir chez vous?? Qu\u2019il s\u2019y entoure de serviteurs et de travailleurs salari\u00e9s, qu\u2019il les exploite et qu\u2019il s\u2019enrichisse \u00e0 leurs d\u00e9pens??&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 \u00ab&nbsp;Vous ne pouvez pas faire la R\u00e9volution sur toute la terre \u00e0 la fois. Ou bien, allez-vous \u00e9tablir des douanes \u00e0 vos fronti\u00e8res pour fouiller les arrivants et saisir l\u2019or qu\u2019ils apporteront?? \u2014 Des gendarmes anarchistes tirant sur les passants, voil\u00e0 qui sera joli \u00e0 voir?!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Eh bien, au fond de ce raisonnement il y a une grosse erreur. C\u2019est qu\u2019on ne s\u2019est jamais demand\u00e9 d\u2019o\u00f9 viennent les fortunes des riches. Un peu de r\u00e9flexion suffirait pour montrer que l\u2019origine de ces fortunes est la mis\u00e8re des pauvres.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0 o\u00f9 il n\u2019y aura pas de mis\u00e9rables, il n\u2019y aura plus de riches pour les exploiter.<\/p>\n\n\n\n<p>Voyez un peu le Moyen Age, o\u00f9 les grandes fortunes commencent \u00e0 surgir.<\/p>\n\n\n\n<p>Un baron f\u00e9odal a fait main basse sur une fertile vall\u00e9e. Mais tant que cette campagne n\u2019est pas peupl\u00e9e, notre baron n\u2019est pas riche du tout. Sa terre ne lui rapporte rien&nbsp;: autant vaudrait poss\u00e9der des biens dans la lune. Que va faire notre baron pour s\u2019enrichir?? Il cherchera des paysans<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, si chaque agriculteur avait un lopin de terre libre de toute redevance?; s\u2019il avait, en outre, les outils et le b\u00e9tail n\u00e9cessaires pour le labour, qui donc irait d\u00e9fricher les terres du baron?? Chacun resterait chez soi. Mais il y a des populations enti\u00e8res de mis\u00e9rables. Les uns ont \u00e9t\u00e9 ruin\u00e9s par les guerres, les s\u00e9cheresses, les pestes?; ils n\u2019ont ni cheval, ni charrue. (Le fer \u00e9tait co\u00fbteux au Moyen Age, plus co\u00fbteux encore le cheval de labour.)<\/p>\n\n\n\n<p>Tous les mis\u00e9rables cherchent de meilleures conditions. ils voient un jour sur la route, sur la limite des terres de notre baron, un poteau indiquant par certains signes compr\u00e9hensibles, que le laboureur qui viendra s\u2019installer sur ces terres recevra avec le sol des instruments et des mat\u00e9riaux pour b\u00e2tir sa chaumi\u00e8re, ensemencer son champ, sans payer de redevances pendant un certain nombre d\u2019ann\u00e9es. Ce nombre d\u2019ann\u00e9es est marqu\u00e9 par autant de croix sur le poteau-fronti\u00e8re, et le paysan comprend ce que signifient ces croix.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, les mis\u00e9rables affluent sur les terres du baron. Ils tracent des routes, dess\u00e8chent les marais, cr\u00e9ent des villages. Dans neuf ans le baron leur imposera un bail, il pr\u00e9l\u00e8vera des redevances cinq ans plus tard, qu\u2019il doublera ensuite et le laboureur acceptera ces nouvelles conditions, parce que, autre part, il n\u2019en trouverait pas de meilleures. Et peu \u00e0 peu, avec l\u2019aide de la loi faite par les ma\u00eetres, la mis\u00e8re du paysan devient la source de la richesse du seigneur, et non seulement du seigneur, mais de toute une nu\u00e9e d\u2019usuriers qui s\u2019abattent sur les villages et se multiplient d\u2019autant plus que le paysan s\u2019appauvrit davantage.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela se passait ainsi au Moyen Age. Et aujourd\u2019hui, n\u2019est-ce pas toujours la m\u00eame chose?? S\u2019il y avait des terres libres que le paysan p\u00fbt cultiver \u00e0 son gr\u00e9, irait-il payer mille francs l\u2019hectare \u00e0 Monsieur le Vicomte, qui veut bien lui en vendre un lopin?? Irait-il payer un bail on\u00e9reux, qui lui prend le tiers de ce qu\u2019il produit?? Irait-il se faire m\u00e9tayer pour donner la moiti\u00e9 de sa moisson au propri\u00e9taire??<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il n\u2019a rien?; donc, il acceptera toutes les conditions, pourvu qu\u2019il puisse vivre en cultivant le sol et il enrichira le seigneur.<\/p>\n\n\n\n<p>En plein XIX\u00e8me si\u00e8cle, comme au Moyen Age, c\u2019est encore la pauvret\u00e9 du paysan qui fait la richesse des propri\u00e9taires fonciers.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\" id=\"toc15\">II<\/h4>\n\n\n\n<p>Le propri\u00e9taire du sol s\u2019enrichit de la mis\u00e8re des paysans. Il en est de m\u00eame pour l\u2019entrepreneur industriel.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 un bourgeois qui, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, se trouve poss\u00e9der un magot de cinq cent mille francs. Il peut certainement d\u00e9penser son argent \u00e0 raison de cinquante mille francs par an, \u2014 tr\u00e8s peu de chose, au fond, avec le luxe fantaisiste, insens\u00e9, que nous voyons de nos jours. Mais alors, il n\u2019aura plus rien au bout de dix ans. Aussi, en homme \u2014 pratique, pr\u00e9f\u00e8re-t-il garder sa fortune intacte et se faire de plus un joli petit revenu annuel.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est tr\u00e8s simple dans notre soci\u00e9t\u00e9, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que nos villes et nos villages grouillent de travailleurs qui n\u2019ont pas de quoi vivre un mois, ni m\u00eame une quinzaine. Notre bourgeois monte une usine&nbsp;: les banquiers s\u2019empressent de lui pr\u00eater encore cinq cent mille francs, surtout s\u2019il a la r\u00e9putation d\u2019\u00eatre adroit?; et, avec son million, il pourra faire travailler cinq cents ouvriers.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019il n\u2019y avait dans les environs que des hommes et des femmes dont l\u2019existence f\u00fbt garantie, qui donc irait travailler chez notre bourgeois?? Personne ne consentirait \u00e0 lui fabriquer pour un salaire de trois francs par jour, des marchandises de la valeur de cinq ou m\u00eame de dix francs.<\/p>\n\n\n\n<p>Malheureusement, \u2014 nous ne le savons que trop, les quartiers pauvres de la ville et les villages voisins sont remplis de gens dont les enfants dansent devant le buffet vide. Aussi, l\u2019usine n\u2019est pas encore achev\u00e9e que les travailleurs accourent pour s\u2019embaucher. Il n\u2019en faut que cent, et il en est d\u00e9j\u00e0 venu mille. Et d\u00e8s que l\u2019usine marchera, le patron \u2014 s\u2019il n\u2019est pas le dernier des imb\u00e9ciles \u2014 encaissera net, sur chaque paire (le bras travaillant chez lui, un millier de francs par an.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre patron se fera ainsi un joli revenu. Et s\u2019il a choisi une branche d\u2019industrie lucrative, s\u2019il est habile, il agrandira peu \u00e0 peu son usine et augmentera ses rentes en doublant le nombre des hommes qu\u2019il exploite.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors il deviendra un notable dans son pays. Il pourra payer des d\u00e9jeuners \u00e0 d\u2019autres notables, aux conseillers, \u00e0 monsieur le d\u00e9put\u00e9. Il pourra marier sa fortune \u00e0 une autre fortune et, plus tard, placer avantageusement ses enfants, puis obtenir quelque concession de l\u2019\u00c9tat. On lui demandera une fourniture pour l\u2019arm\u00e9e, ou pour la pr\u00e9fecture?; et il arrondira toujours son magot, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019une guerre, m\u00eame un simple bruit de guerre, ou une sp\u00e9culation ;\u2018t la Bourse lui permette de faire un gros coup.<\/p>\n\n\n\n<p>Les neuf dixi\u00e8mes des fortunes colossales des \u00c9tats-Unis (Henry Georges l\u2019a bien racont\u00e9 dans ses Probl\u00e8mes Sociaux) sont dus \u00e0 quelque grande coquinerie faite avec le concours de l\u2019\u00c9tat. En Europe, les neuf dixi\u00e8mes des fortunes dans nos monarchies et nos r\u00e9publiques ont la m\u00eame origine il n\u2019y a pas deux fa\u00e7ons de devenir millionnaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Toute la science des Richesses est l\u00e0 trouver des va-nu-pieds, les payer trois francs et leur en faire produire dix. Amasser ainsi une fortune. L\u2019accro\u00eetre ensuite par quelque grand coup avec le secours de l\u2019\u00c9tat?!<\/p>\n\n\n\n<p>Faut-il encore parler des petites fortunes attribu\u00e9es par les \u00e9conomistes \u00e0 l\u2019\u00e9pargne, tandis que l\u2019\u00e9pargne, par elle-m\u00eame, ne \u00ab&nbsp;rapporte&nbsp;\u00bb rien, tant que les sous \u00ab&nbsp;\u00e9pargn\u00e9s&nbsp;\u00bb ne sont pas employ\u00e9s \u00e0 exploiter les meurt-de-faim.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici un cordonnier. Admettons que son travail soit bien pay\u00e9, qu\u2019il ait une bonne client\u00e8le et qu\u2019\u00e0 force de privations il soit parvenu \u00e0 mettre de c\u00f4t\u00e9 deux francs par jour, cinquante francs par mois?!<\/p>\n\n\n\n<p>Admettons que notre cordonnier ne soit jamais malade?; qu\u2019il mange \u00e0 sa faim, malgr\u00e9 sa rage pour l\u2019\u00e9pargne qu\u2019il ne se marie pas, ou qu\u2019il n\u2019ait pas d\u2019enfants qu\u2019il ne mourra pas de phtisie?; admettons tout ce que vous voudrez?!<\/p>\n\n\n\n<p>Eh bien, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de cinquante ans il n\u2019aura pas mis de c\u00f4t\u00e9 quinze mille francs?; et il n\u2019aura pas de quoi vivre pendant sa vieillesse, lorsqu\u2019il sera incapable de travailler. Certes, ce n\u2019est pas ainsi que s\u2019amassent les fortunes.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais voici un autre cordonnier. D\u00e8s qu\u2019il aura mis quelques sous de c\u00f4t\u00e9, il les portera soigneusement \u00e0 la caisse d\u2019\u00e9pargne, et celle-ci les pr\u00eatera au bourgeois qui est en train de monter une exploitation de va-nu-pieds. Puis, il prendra un apprenti, l\u2019enfant d\u2019un mis\u00e9rable qui s\u2019estimera heureux si, au bout de cinq ans, son fils apprend le m\u00e9tier et parvient \u00e0 gagner sa vie.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019apprenti \u00ab&nbsp;rapportera&nbsp;\u00bb \u00e0 notre cordonnier, et, si celui-ci a de la client\u00e8le, il s\u2019empressera de prendre un second \u2018 puis un troisi\u00e8me \u00e9l\u00e8ve. Plus tard, il aura deux ou trois ouvriers, \u2014 des mis\u00e9rables, heureux de toucher trois francs par jour pour un travail qui en vaut six. Et si notre cordonnier \u00ab&nbsp;a la chance&nbsp;\u00bb c\u2019est-\u00e0-dire, s\u2019il est assez malin, ses ouvriers et ses apprentis lui rapporteront une vingtaine de francs par jour en plus de son propre travail. il pourra agrandir son entreprise, il s\u2019enrichira peu \u00e0 peu et n\u2019aura pas besoin de se Priver du strict n\u00e9cessaire. Il laissera \u00e0 son fils un petit magot.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 ce qu\u2019on appelle \u00ab&nbsp;faire de l\u2019\u00e9pargne, avoir des habitudes de sobri\u00e9t\u00e9&nbsp;\u00bb. Au fond, c\u2019est tout bonnement exploiter des meurt-de-faim.<\/p>\n\n\n\n<p>Le commerce semble faire exception \u00e0 la r\u00e8gle. \u00ab&nbsp;Tel homme, nous dira-t-on, ach\u00e8te du th\u00e9 en Chine, l\u2019importe en France et r\u00e9alise un b\u00e9n\u00e9fice de trente pour cent sur son argent. Il n\u2019a exploit\u00e9 personne.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Et cependant, le cas est analogue. Si notre homme avait transport\u00e9 le th\u00e9 sur son dos, \u00e0 la bonne heure?! jadis, aux origines du Moyen Age, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment de cette mani\u00e8re qu\u2019on faisait le commerce. Aussi ne parvenait-on \u2018 jamais aux \u00e9tourdissantes fortunes de nos jours&nbsp;: \u00e0 peine si le marchand d\u2019alors mettait de c\u00f4t\u00e9 quelques \u00e9cus apr\u00e8s un voyage p\u00e9nible et dangereux. C\u2019\u00e9tait moins la soif du gain que le go\u00fbt des voyages et des aventures qui le poussait \u00e0 faire le commerce.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, la m\u00e9thode est plus simple. Le marchand qui poss\u00e8de un capital n\u2019a pas besoin de bouger de son comptoir pour s\u2019enrichir. Il t\u00e9l\u00e9graphie \u00e0 un commissionnaire l\u2019ordre d\u2019acheter cent tonnes de th\u00e9?; il affr\u00e8te un navire?; et en quelques semaines, en trois mois, si c\u2019est un voilier, \u2014 le navire lui aura port\u00e9 sa cargaison. Il ne court m\u00eame pas les risques de la travers\u00e9e, puisque son th\u00e9 et son navire sont assur\u00e9s. Et s\u2019il a d\u00e9pens\u00e9 cent mille francs, il en touchera cent trente, \u2014 \u00e0 moins qu\u2019il n\u2019ait voulu sp\u00e9culer sur quelque marchandise nouvelle, auquel cas il risque, soit de doubler sa fortune, soit de la perdre enti\u00e8rement.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais comment a-t-il pu trouver des hommes qui se sont d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 faire la travers\u00e9e, aller en Chine et en revenir, travailler dur, supporter des fatigues, risquer leur vie pour un maigre salaire?? Comment a-t-il pu trouver dans les docks des chargeurs et des d\u00e9chargeurs, qu\u2019il payait juste de quoi ne pas les laisser mourir de faim pendant qu\u2019ils travaillaient?? Comment?? \u2014 Parce qu\u2019ils sont mis\u00e9rables?! Allez dans un port de mer, visitez les caf\u00e9s sur la plage, observez ces hommes qui viennent se faire embaucher, se battant aux portes des docks qu\u2019ils assi\u00e8gent d\u00e8s l\u2019aube pour \u00eatre admis \u00e0 travailler sur les navires. Voyez ces marins, heureux d\u2019\u00eatre engag\u00e9s pour un voyage lointain, apr\u00e8s des semaines et des mois d\u2019attente?; toute leur vie ils ont pass\u00e9 de navire en navire et ils en monteront encore d\u2019autres, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils p\u00e9rissent un jour dans les flots.<\/p>\n\n\n\n<p>Entrez dans leurs chaumi\u00e8res, consid\u00e9rez ces femmes et ces enfants en haillons, qui vivent on ne sait comment en attendant le retour du p\u00e8re \u2014 et vous aurez aussi la r\u00e9ponse.<\/p>\n\n\n\n<p>Multipliez les exemples, choisissez-les o\u00f9 bon vous semblera?; m\u00e9ditez sur l\u2019origine de toutes les fortunes, grandes ou petites, qu\u2019elles viennent du commerce, de la banque, de l\u2019industrie ou du sol. Partout vous constaterez que la richesse des uns est faite de la mis\u00e8re des autres. Une soci\u00e9t\u00e9 anarchiste n\u2019a pas \u00e0 craindre le Rothschild inconnu qui viendrait tout \u00e0 coup s\u2019\u00e9tablir dans son sein. Si chaque membre de la communaut\u00e9 sait qu\u2019apr\u00e8s quelques heures de travail productif, il aura droit \u00e0 tous les plaisirs que procure la civilisation, aux jouissances profondes que la Science et l\u2019Art donnent \u00e0 qui les cultive, il n\u2019ira pas vendre sa force de travail pour une maigre pitance?; personne ne s\u2019offrira pour enrichir le Rothschild en question. Ses \u00e9cus seront des pi\u00e8ces de m\u00e9tal, utiles pour divers usages, mais incapables de faire des petits.<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9pondant \u00e0 l\u2019objection pr\u00e9c\u00e9dente, nous avons en m\u00eame temps d\u00e9termin\u00e9 les limites de l\u2019expropriation.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019expropriation doit porter sur tout ce qui permet \u00e0 qui que ce soit \u2014 banquier, industriel, on cultivateur \u2014 de s\u2019approprier le travail d\u2019autrui. La formule est simple et compr\u00e9hensible.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous ne voulons pas d\u00e9pouiller chacun de son paletot?; mais nous voulons rendre aux travailleurs tout ce qui permet \u00e0 n\u2019importe qui de les exploiter&nbsp;: et nous ferons tous nos efforts pour que, personne ne manquant de rien, il n\u2019y ait pas un seul homme qui, soit forc\u00e9 de vendre ses bras pour exister, lui et ses enfants.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 comment nous entendons l\u2019expropriation et notre devoir pendant la R\u00e9volution, dont nous esp\u00e9rons l\u2019arriv\u00e9e, \u2014 non dans deux cents ans d\u2019ici, mais dans un avenir prochain.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\" id=\"toc16\">III<\/h4>\n\n\n\n<p>L\u2019id\u00e9e anarchiste en g\u00e9n\u00e9ral et celle d\u2019expropriation en particulier trouvent beaucoup plus de sympathies. qu\u2019on ne le pense, parmi les hommes ind\u00e9pendants de caract\u00e8re et ceux pour lesquels l\u2019oisivet\u00e9 n\u2019est pas l\u2019id\u00e9al supr\u00eame. \u00ab&nbsp;Cependant -, nous disent souvent nos amis, gardez-vous d\u2019aller trop loin?! Puisque l\u2019humanit\u00e9 ne se modifie pas en un jour, ne marchez pas trop vite dans vos projets d\u2019expropriation et d\u2019anarchie?! Vous risqueriez de ne rien faire de durable.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Eh bien, ce que nous craignons, en fait d\u2019expropriation, ce n\u2019est nullement d\u2019aller trop loin. Nous craignons, au contraire, que l\u2019expropriation se fasse sur une \u00e9chelle trop petite pour \u00eatre durable que<\/p>\n\n\n\n<p>l\u2019\u00e9lan r\u00e9volutionnaire s\u2019arr\u00eate \u00e0 mi-chemin qu\u2019il s\u2019\u00e9puise en demi-mesures qui ne sauraient contenter personne et qui, tout en produisant un bouleversement formidable dans la soci\u00e9t\u00e9 et un arr\u00eat de ses fonctions, ne seraient cependant pas viables, s\u00e8meraient le m\u00e9contentement g\u00e9n\u00e9ral et am\u00e8neraient fatalement le triomphe de la r\u00e9action.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a, en effet, dans nos soci\u00e9t\u00e9s, des rapports \u00e9tablis qu\u2019il est mat\u00e9riellement impossible de modifier si on y touche seulement en partie. Les divers rouages de notre organisation \u00e9conomique sont si intimement li\u00e9s entre eux qu\u2019on n\u2019en peut modifier un seul sans les modifier dans leur ensemble?; on s\u2019en apercevra d\u00e8s qu\u2019on voudra exproprier quoi que ce soit.<\/p>\n\n\n\n<p>Supposons, en effet, que dans une r\u00e9gion quelconque il se fasse une expropriation limit\u00e9e&nbsp;: qu\u2019on se borne, par exemple, \u00e0 exproprier les grands seigneurs fonciers, sans toucher aux usines, comme le demandait nagu\u00e8re Henry Georges?; que dans telle ville on exproprie les maisons, sans mettre en commun les denr\u00e9es?; ou que dans telle r\u00e9gion industrielle on exproprie les usines sans toucher aux grandes propri\u00e9t\u00e9s fonci\u00e8res&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9sultat sera toujours le m\u00eame. Bouleversement immense de la vie \u00e9conomique, sans les moyens de r\u00e9organiser cette vie \u00e9conomique sur des bases nouvelles. Arr\u00eat de l\u2019industrie et de l\u2019\u00e9change, sans le retour aux principes de justice?; impossibilit\u00e9 pour la soci\u00e9t\u00e9 de reconstituer un tout harmonique.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019agriculteur s\u2019affranchit du grand propri\u00e9taire foncier, sans que l\u2019industrie s\u2019affranchisse du capitaliste industriel, du commer\u00e7ant et du banquier \u2014 il n\u2019y aura rien de fait. Le cultivateur souffre aujourd\u2019hui, non seulement d\u2019avoir \u00e0 payer des rentes au propri\u00e9taire du sol, mais il p\u00e2tit de l\u2019ensemble des conditions actuelles&nbsp;: il p\u00e2tit de l\u2019imp\u00f4t pr\u00e9lev\u00e9 sur lui par l\u2019industriel, qui lui fait payer trois francs une b\u00eache ne valant \u2014 compar\u00e9e au travail de l\u2019agriculteur \u2014 que quinze sous?; des taxes pr\u00e9lev\u00e9es par l\u2019\u00c9tat, qui ne peut exister sans une formidable hi\u00e9rarchie de fonctionnaires?; des frais d\u2019entretien de l\u2019arm\u00e9e que maintient l\u2019\u00c9tat, parce que les industriels de toutes les nations sont en lutte perp\u00e9tuelle pour les march\u00e9s, et que chaque jour, la guerre peut \u00e9clater \u00e0 la suite d\u2019une querelle survenue pour l\u2019exploitation de telle partie de l\u2019Asie ou de l\u2019Afrique. L\u2019agriculteur souffre de la d\u00e9population des campagnes, dont la jeunesse est entra\u00een\u00e9e vers les manufactures des grandes villes, soit par l\u2019app\u00e2t de salaires plus \u00e9lev\u00e9s, pay\u00e9s temporairement par les producteurs des objets de luxe, soit par les agr\u00e9ments d\u2019une vie plus mouvement\u00e9e?; il souffre encore de la protection artificielle de l\u2019industrie, de l\u2019exploitation marchande des pays voisins, de l\u2019agiotage, de la difficult\u00e9 d\u2019am\u00e9liorer le sol et de perfectionner l\u2019outillage, etc. Bref, l\u2019agriculture souffre, non seulement de la rente, mais de l\u2019ensemble des conditions de nos soci\u00e9t\u00e9s bas\u00e9es sur l\u2019exploitation?; et lors m\u00eame que l\u2019expropriation permettrait \u00e0 tous de cultiver la terre et de la faire valoir sans payer de rentes \u00e0 personne, l\u2019agriculture, \u2014 lors m\u00eame qu\u2019elle aurait un moment de bien-\u00eatre, ce qui n\u2019est pas encore prouv\u00e9, retomberait bient\u00f4t dans le marasme o\u00f9 elle se trouve aujourd\u2019hui. Tout serait \u00e0 recommencer, avec de nouvelles difficult\u00e9s en plus.<\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame pour l\u2019industrie. Remettez demain les usines aux travailleurs, faites ce que l\u2019on a fait pour un certain nombre de paysans qu\u2019on a rendus propri\u00e9taires du sol. Supprimez le patron, mais laissez la terre au seigneur, l\u2019argent au banquier, la Bourse au commer\u00e7ant?; conservez dans la soci\u00e9t\u00e9 cette masse d\u2019oisifs qui vivent du travail de l\u2019ouvrier, maintenez les mille interm\u00e9diaires, l\u2019\u00c9tat avec ses fonctionnaires innombrables, \u2014 et l\u2019industrie ne marchera pas. Ne trouvant pas d\u2019acheteurs dans la masse des paysans rest\u00e9s pauvres?; ne poss\u00e9dant pas la mati\u00e8re premi\u00e8re et ne pouvant exporter ses produits, en partie \u00e0 cause de l\u2019arr\u00eat du commerce et surtout par l\u2019effet de la d\u00e9centralisation des industries, elle ne pourra que v\u00e9g\u00e9ter, en abandonnant les ouvriers sur le pav\u00e9, et ces bataillons d\u2019affam\u00e9s seront pr\u00eats \u00e0 se soumettre au premier intrigant venu, ou m\u00eame \u00e0 retourner vers l\u2019ancien r\u00e9gime, pourvu qu\u2019il leur garantisse la main d\u2019\u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ou bien, enfin, expropriez les seigneurs de la terre et rendez l\u2019usine aux travailleurs, mais sans toucher \u00e0 (:es nu\u00e9es d\u2019interm\u00e9diaires qui sp\u00e9culent aujourd\u2019hui sur les farines et les bl\u00e9s, sur la viande et les \u00e9pices dans les grands centres, en m\u00eame temps qu\u2019ils \u00e9coulent les produits de nos manufactures. Eh bien, lorsque l\u2019\u00e9change s\u2019arr\u00eatera et que les produits ne circuleront plus?; lorsque Paris manquera de pain et que Lyon ne trouvera pas d\u2019acheteurs pour ses soies, la r\u00e9action reviendra terrible, marchant sur les cadavres, promenant la mitrailleuse dans les villes et les campagnes, faisant des orgies d\u2019ex\u00e9cutions et de d\u00e9portations, comme elle l\u2019a fait en 1815, en 1848 et en 1871.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout se tient dans nos soci\u00e9t\u00e9s, et il est impossible de r\u00e9former quoi que ce soit sans \u00e9branler l\u2019ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p>Du jour o\u00f9 l\u2019on frappera la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e sous une de ses formes, \u2014 fonci\u00e8re ou industrielle, \u2014 on sera forc\u00e9 de la frapper sous toutes les autres. Le succ\u00e8s m\u00eame de la R\u00e9volution l\u2019imposera.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019ailleurs, le voudrait-on, on ne pourrait pas se borner \u00e0 une expropriation partielle. Une fois que le principe de la Sainte Propri\u00e9t\u00e9 sera \u00e9branl\u00e9, les th\u00e9oriciens n\u2019emp\u00eacheront pas qu\u2019elle soit d\u00e9truite, ici par les serfs de la gl\u00e8be, et l\u00e0 par les serfs de l\u2019industrie.<\/p>\n\n\n\n<p>Si une grande ville \u2014 Paris, par exemple, \u2014 met seulement la main sur les maisons ou sur les usines, elle sera amen\u00e9e par la force m\u00eame des choses \u00e0 ne plus reconna\u00eetre aux banquiers le droit de pr\u00e9lever sur la Commune cinquante millions d\u2019imp\u00f4ts sous forme d\u2019int\u00e9r\u00eats pour des pr\u00eats ant\u00e9rieurs. Elle sera oblig\u00e9e de se mettre en rapport avec des cultivateurs, et forc\u00e9ment elle les poussera \u00e0 s\u2019affranchir des possesseurs du sol. Pour pouvoir manger et produire, il lui faudra exproprier les chemins de fer?; enfin, pour \u00e9viter le gaspillage des denr\u00e9es, pour ne pas rester, comme la Commune de 1793, \u00e0 la merci des accapareurs de bl\u00e9, elle remettra aux citoyens m\u00eames le soin d\u2019approvisionner leurs magasins de denr\u00e9es et de r\u00e9partir les produits.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant quelques socialistes ont encore cherch\u00e9 \u00e0 \u00e9tablir une distinction. \u2014 \u00ab&nbsp;Qu\u2019on exproprie le sol, le sous-sol, l\u2019usine, la manufacture, \u2014 nous le voulons bien, disaient-ils. Ce sont des instruments :de production, et il serait juste d\u2019y voir une propri\u00e9t\u00e9 publique. Mais il y a, outre cela, les objets de consommation&nbsp;: la nourriture, le v\u00eatement, l\u2019habitation, qui doivent rester propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le bons sens populaire a eu raison de cette distinction subtile. En effet, nous ne sommes pas des sauvages pour vivre dans la for\u00eat sous un abri de branches. Il faut une chambre, une maison, un lit, nu po\u00eale \u00e0 l\u2019Europ\u00e9en qui travaille.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lit, la chambre, la maison sont des lieux de fain\u00e9antise pour celui qui ne produit rien. Mais pour le travailleur, une chambre chauff\u00e9e et \u00e9clair\u00e9e est aussi bien un instrument de production que la machine ou l\u2019outil. C\u2019est le lieu de restauration de ses muscles et de ses nerfs, qui s\u2019useront demain en travail. Le repos du producteur, c\u2019est la mise en train de la machine.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est encore plus \u00e9vident pour la nourriture. Les pr\u00e9tendus \u00e9conomistes dont nous parlons ne se sont jamais avis\u00e9s de dire que le charbon br\u00fbl\u00e9 dans une machine ne doive pas \u00eatre rang\u00e9 parmi les objets aussi n\u00e9cessaires \u00e0 la production que la mati\u00e8re premi\u00e8re. Comment se fait-il donc que la nourriture, sans laquelle la machine humaine ne saurait d\u00e9penser le moindre effort, puisse \u00eatre exclue des objets indispensables au producteur?? Serait-ce un reste de m\u00e9taphysique religieuse??<\/p>\n\n\n\n<p>Le repas copieux et raffin\u00e9 du riche est bien une consommation de luxe. Mais le repas du producteur est un des objets n\u00e9cessaires \u00e0 la production, au m\u00eame titre que le charbon br\u00fbl\u00e9 par la machine \u00e0 vapeur.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame chose pour le v\u00eatement. Car si les \u00e9conomistes qui font cette distinction entre les objets de production et ceux de consommation portaient le costume des sauvages de la Nouvelle-Guin\u00e9e, \u2014 nous comprendrions ces r\u00e9serves. Mais des gens qui ne sauraient \u00e9crire une ligne sans avoir une chemise sur le dos, sont mal plac\u00e9s pour faire une si grande distinction entre leur chemise et leur plume. Et si les robes pimpantes de leurs dames sont bien des objets de luxe, cependant il y a une certaine quantit\u00e9 de toile, de cotonnade et de laine dont le producteur ne peut se passer pour produire. La blouse et les souliers, sans lesquels un travailleur serait g\u00ean\u00e9 de se rendre \u00e0 son travail?; la veste qu\u2019il endossera, la journ\u00e9e finie?; sa casquette, lui sont aussi n\u00e9cessaires que le marteau et l\u2019enclume.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019on le veuille, ou qu\u2019on ne le veuille pas, c\u2019est ainsi que le peuple entend la r\u00e9volution. D\u00e8s qu\u2019il aura balay\u00e9 les gouvernements, il cherchera avant tout \u00e0 s\u2019assurer un logement salubre, une nourriture suffisante et le v\u00eatement, sans payer tribut.<\/p>\n\n\n\n<p>Et le peuple aura raison. Sa mani\u00e8re d\u2019agir sera infiniment plus conforme \u00e0 la \u00ab&nbsp;science&nbsp;\u00bb que celle des \u00e9conomistes qui font tant de distinctions entre l\u2019instrument de production et les articles de consommation. Il comprendra que c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment par l\u00e0 que la r\u00e9volution doit commencer, et il jettera les fondements de la seule science \u00e9conomique qui puisse r\u00e9clamer le titre de science et qu\u2019on pourrait qualifier&nbsp;: \u00e9tude des besoins de l\u2019humanit\u00e9 et des moyens \u00e9conomiques de les satisfaire.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"557\" height=\"389\" src=\"https:\/\/autodefense.anarchomachie.org\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/1978860_711942802205825_286657813890796372_n.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-219\" style=\"width:910px;height:auto\"\/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>de Kropotkine extrait de \u00ab\u00a0la Conqu\u00eate du Pain\u00a0\u00bb I On raconte qu\u2019en 1848, Rothschild, se voyant menac\u00e9 dans sa fortune par la R\u00e9volution, inventa la [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-227","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/autodefense.anarchomachie.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/227","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/autodefense.anarchomachie.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/autodefense.anarchomachie.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/autodefense.anarchomachie.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/autodefense.anarchomachie.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=227"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/autodefense.anarchomachie.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/227\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":228,"href":"https:\/\/autodefense.anarchomachie.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/227\/revisions\/228"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/autodefense.anarchomachie.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=227"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/autodefense.anarchomachie.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=227"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/autodefense.anarchomachie.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=227"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}