Mikhaïl Bakounine (1814–1876) est l’un des fondateurs de l’anarchisme moderne. Sa philosophie est à la fois une critique radicale de toute autorité et une affirmation de la liberté collective, enracinée dans une vision profondément matérialiste et humaniste du monde.
Voici les grandes lignes de sa pensée ?
? 1. Matérialisme et rejet de la religion
Bakounine part d’une vision matérialiste du monde :
- La nature est première, l’esprit humain en est un produit.
- Il rejette toute idée de Dieu ou de transcendance, car cela asservit l’homme à une autorité imaginaire.
« Si Dieu existait, il faudrait le supprimer. »
Cette phrase emblématique exprime l’idée que toute croyance religieuse fonde la soumission : croire en un Dieu, c’est accepter qu’il y ait un être supérieur et donc renoncer à sa liberté.
?? 2. Critique de l’État et de toute autorité
Bakounine est antiétatiste : il voit dans l’État la forme la plus concentrée de domination.
Selon lui :
- L’État ne peut exister sans oppression, car il suppose un pouvoir centralisé et hiérarchique.
- Même un État socialiste (comme celui défendu par Marx) deviendrait inévitablement une tyrannie bureaucratique.
« Nulle autorité, même celle de la science, ne doit s’imposer. »
Bakounine critique aussi l’autorité intellectuelle : personne ne doit diriger les autres au nom de la vérité ou du savoir. La liberté doit primer sur toute forme de direction.
?? 3. La liberté comme principe fondamental
Pour Bakounine, la liberté est le but suprême de la vie sociale.
Mais ce n’est pas une liberté individuelle isolée :
« Je ne suis vraiment libre que lorsque tous les êtres humains qui m’entourent le sont également. »
Sa conception est collective et solidaire : la liberté de chacun dépend de la liberté de tous.
Ainsi, il refuse l’individualisme bourgeois et défend une liberté dans l’égalité.
?? 4. L’égalité économique et sociale
Bakounine est socialiste libertaire.
Il pense que la liberté ne peut exister sans égalité économique :
- La propriété privée des moyens de production engendre la servitude,
- Le travail doit être collectivisé,
- La richesse doit être partagée entre ceux qui la produisent.
Mais il refuse que cette égalité soit imposée par un État centralisé : elle doit naître de l’organisation libre du peuple.
? 5. L’organisation fédérative
Bakounine propose un modèle d’organisation basé sur :
- La fédération : des communes, associations et syndicats libres, reliés entre eux par des accords volontaires.
- L’autogestion : chaque groupe gère ses affaires sans hiérarchie.
- La démocratie directe : les décisions sont prises collectivement.
C’est une vision anti-hiérarchique, fondée sur la coopération et la solidarité.
? 6. La révolution sociale
La Révolution populaire doit détruire l’ordre oppressif existant.
Il se méfie des révolutions menées « d’en haut » par des élites ou des partis politiques, car elles reproduisent la domination.
« La passion de la destruction est en même temps une passion créatrice. »
Cette phrase célèbre exprime l’idée que détruire les structures d’oppression (État, Église, capitalisme) permet de faire naître un monde nouveau.
à lire: https://fr.wikisource.org/wiki/Auteur:Michel_Bakounine

